Luke Willis Thompson

Cemetary of Uniforms and Liveries, 2016
Musée d’art contemporain de Montréal
19.10.2016 – 15.01.2017

Entre 1964 et 1966, Andy Warhol réalise Screen Tests, une série de 472 courts métrages mettant en scène des figures de son entourage, dont plusieurs fréquentaient son emblématique atelier new-yorkais The Factory. L’ensemble de ces portraits muets, en noir et blanc, capturés individuellement par une caméra Bolex, présente des célébrités telles que Bob Dylan et Salvador Dalí, mais aussi des figures de la scène underground. Le projet de Warhol implique l’usage systématique d’une pellicule 16 mm à 24 images par seconde, pour ensuite être présenté au ralenti à 16 images par seconde.

Reprenant les indications techniques et la formule générale des Screen Tests, Luke Willis Thompson met en lumière la faible présence des minorités visibles dans le projet de Warhol, dans lequel seulement cinq portraits illustrent une personne de couleur.

Partant de ce constat, le film de Thompson cible un tout autre registre de protagonistes, soit les descendants des victimes de brutalité policière en amont des émeutes de 2011 à Londres. Cemetary of Uniforms and Liveries met ainsi en relief le fort contraste entre l’univers racialement homogène et privilégié de Warhol et la difficile réalité de la rue, dans un contexte où la violence policière ciblant les minorités est monnaie courante. La gravité des expressions des deux hommes qui figurent dans ce film  rappelle également les conséquences à long terme du deuil et l’impact sensible d’événements tragiques dont la médiatisation est trop fréquemment biaisée. L’œuvre rend compte de l’engagement de l’artiste en faveur de la mise à nue de failles sociales, historiques et politiques. Elle contribue à documenter les schémas de dépossession et souligne l’actualité de la violence imposée aux minorités raciales.
–AS

Cemetary of Uniforms and Liveries est une commande de l’Institute of Modern Art, Brisbane, avec le soutien de Creative New Zealand, avec l’aimable permission de l’artiste, de Hopkinson Mossman, Auckland, Nouvelle-Zélande et de Nagel Draxler, Cologne, Allemagne

Biographie