Luis Jacob

Sphinx, 2015
Musée d’art contemporain de Montréal
19.10.2016—15.01.2017

L’imposante statue dénudée, athlétique et acéphale d’un jeune homme évoque d’emblée une sculpture antique. Des références plus contemporaines apparaissent dans sa pose, qui rappelle celle d’un photographe recréant un cadrage avec ses mains, ou encore la prise d’un égoportrait. Le contraste est consolidé par l’intitulé de l’œuvre, qui renvoie à une autre époque, mais aussi à un autre territoire géographique et culturel. Sphinx (2015) résulte d’une réflexion sur la perception et les transformations, en ciblant plus spécifiquement celles du tissu urbain, dont les configurations architecturales et sociales sont en constantes mutations.

Les considérations historiques et urbanistiques de Jacob se couplent à une approche philosophique et anthropologique qui suit l’ensemble de son parcours artistique, littéraire et commissarial. L’acte de regarder est ici le point de mire. Jacob ouvre le dialogue sur notre façon de nous observer individuellement, sur nos manières de regarder le monde extérieur et de considérer notre position au sein de l’espace et de la collectivité qui nous entourent. La figure aux contours classiques témoigne ainsi du passage du temps et des changements qui s’opèrent dans les modalités de perception de soi et de l’autre. Les références anachroniques qui traversent l’œuvre permettent également de penser la continuité d’un futur qui n’échappera pas au rythme inexorable, voire exponentiel, des modulations socioculturelles.
—AS

Album XII, 2013-2014
The Demonstration, 2013
Galerie de l’UQAM
21.10.2016—10.12.2016

Le geste d’observer une représentation qui elle-même observe souligne également le cadre subjectif de l’expérience esthétique qui, de l’œuvre d’art, se projette dans une perception plus vaste, vers le regard que nous portons sur ce qui nous constitue individuellement et collectivement. La banque d’images trouvées puis assemblées par Jacob dans Album XII (2013-2014) rejoint cette approche réflexive. Regroupées entre elles selon un libre principe de correspondance, les images suggèrent des analogies qui sont à construire, développer ou compléter par le spectateur. Le principe d’analogie se décline ainsi comme forme et comme contenu, tant dans le dialogue entre les images que dans la rencontre entre le sujet percevant et l’objet perçu. Les extensions philosophiques des recherches de Jacob transparaissent aussi dans l’impression sérigraphique The Demonstration (2013), dont le sujet central, un monochrome blanc présenté par des mains anonymes, met en abîme l’expérience intime et complexe du regardeur, à qui revient une part importante du contenu. Ces trois œuvres rendent compte de la forte tangente conceptuelle du travail de Jacob, dont les formes imprévisibles et plurielles contribuent à désamorcer les nomenclatures artistiques tout en les interrogeant au détour.
—AS

Biographie